LYON


Sure I know you'd like to have me talk about my future and a million words or so to fill you in about my past. Have I sisters or a brother? When's my birthday, how's my mother? Well my dear, in time I'll answer all those things you ask... But for now I'll just say I love you, nothing more seems important somehow. And tomorrow can wait come whatever, let me love you forever but right now... Some fine day when we go walking, we'll take time for idle talking, sharing every feeling as we watch each other smile. I'll hold your hand, you'll hold my hand, we'll say things we never had planned, then we'll get to know each other in a little while. But for now let me say I love you, later on there'll be time for so much more. But for now, meaning now and forever, let me kiss you my darling then once more.
[Jamie Cullum]
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# Posté le dimanche 28 juin 2009 14:02

376 . Par hasard, comme tout le monde...

376 . Par hasard, comme tout le monde...
On reconnaît le bonheur au bruit qu'il fait en claquant la porte.
[Jacques Prévert]



Nous ne nous oublierons jamais
L'ombre est sous la lampe
Le café est dans la tasse
Et la soucoupe dans ta mère.
[Kh d'une génération antérieure]
# Posté le lundi 08 juin 2009 14:13

Songe d'une nuit d'été. Part III.

Songe d'une nuit d'été. Part III.
[ . ]Je ne sais pas comment, une nuit tout à surgir. D'un coup, sans prévenir. J'ai compris. J'ai vu. J'ai vu le fonctionnement de l'amour, j'ai vu les rouages, les mécanismes. La mécanique d'un c½ur touché : une vis qui tombe, et c'est le dérèglement intérieur, grippage des rouages, le c½ur s'emballe. Voilà l'amour. J'ai compris l'amour. Parce que je l'ai ressenti. Ma vis s'est usée, fatiguée de sa solitude. Alors je me suis tournée vers lui, et je l'ai aimé.


[ . ]Douleur et écoeurement. Voilà ce qu'est l'amour. Jamais expérience n'a été plus éprouvante que celle-ci. Ces quelques instants de bonheur valent-ils ces affres ?


[ . ]Mon corps froid reprit des couleurs, et comme au sortir d'une trop longue hibernation, engourdie encore par mon froid intérieur, je m'ébrouais, j'hésitais sur mes pieds, je titubais. Mon corps diaphane devint opaque, mes lèvres de marbre devinrent moelleuses, mon c½ur d'ivoire devint argile. Je m'éveillais. La nature reprit ses droits, je devins capricieuse, colérique et lunatique. Et il ne s'apercevait pas de ces changements si soudains.
[ . ]Et je craignais. Je craignais qu'il ne parte, qu'il ne se lasse, qu'il ne me quitte, qu'il ne m'abandonne à mon sort, qu'il me haïsse...
[ . ]Je changeais de corps, celui qu'il haïssait avait disparu.


[ . ]Sans haine, pas d'amour. Sans objet de haine, plus de haine. Donc plus d'amour.


[ . ]Il a claqué la porte, un soir d'été. Dans le lointain, l'orage tonnait, il se rapprochait. Le courant d'air emporta avec lui l'odeur du champ de blé, dehors, que l'on venait de labourer. Et le silence. Et le froid de ma peau malgré la moiteur ambiante. Et ma peau de craie. Ainsi revient la neige après le feu.
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# Posté le samedi 06 juin 2009 06:49

Songe d'une nuit d'été. Part II.

Songe d'une nuit d'été. Part II.


[ . ]Martin avait vingt deux ans, et je le révulsais. Pourtant comme attiré, il resta. Croisé dans un bar bondé de visages vagues et de silhouettes entremêlées, Martin ne me quitta plus. Il s'agissait de cette haine implacable et irrésistible, d'une violence si rare qu'on ne tient pas à l'oublier, qu'on l'entretient. Toujours. Pour toujours.


[ . ]Martin...


[ . ]Sa haine première devint amour, la force d'un tel sentiment permet facilement de passer de l'un à l'autre. Finalement, l'amour n'est pas si éloigné de la haine. Un pas, et nous voilà de l'autre côté. Martin a rapidement fait ce pas. Toujours la même fascination dans ses yeux.
J'ai croisé son chemin, il s'en est détourné pour prendre le mien. Son chemin sans surprise, tournoyant entre études mariage et mouflets, est devenu un chemin sinueux et chaotique, avec moi, au milieu, obstacle qu'il ne pouvait éviter. Moi au milieu, agitant mes longs bras d'acier, l'entourant, l'étouffant dans mes étreintes. Je l'ai tué. J'ai tué ses envies, ses désirs, son avenir, ses choix et sa liberté. Je l'ai enferré dans mon c½ur d'ivoire, et ravi de son rôle, il s'y pavanait, fier à mon bras, étalant son bonheur factice, ravi, ravi. Contre mon gré. J'ai voulu tuer cette fascination, cet aveuglement qui lui faisait prendre sa haine sans borne pour un amour éternel, qui faisait de moi sa muse et son désir suprême, moi qu'il haïssait au plus profond de son âme, ce que ses yeux ne voyaient pas. A défaut de le tuer, je l'ai rendu aveugle. Et c'était le pire.
[ . ]Que l'on ne se méprenne pas, Martin m'indifférait, autant que n'importe quel être vivant. Son sang coulait dans ses veines, son c½ur battait sous sa poitrine ; ses muscles se tendaient lorsqu'il me serrait contre son corps chaud, ses yeux brillaient de bonheur quand je l'étreignais, la chair de sa nuque se hérissait sous le plaisir, je sentais ses mains sur ma peau froide, et la brûlure de son regard lorsque je lui tournais le dos. Mais Martin comme n'importe quel autre homme, ou n'importe quelle autre femme, m'apportait un amour dont je n'avais pas besoin. Pire encore, ce n'était pas son amour que je voyais, c'était sa haine première, l'intouchable, l'inviolable, celle qui ne disparaissait jamais de son regard. Sa haine aussi m'indifférait, autant que son amour. Mais si je comprenais sa haine, je méprisais son amour ; j'avais pitié de sa faiblesse, de cette faiblesse si humaine, si étrangère à mon corps. Il n'éveillait rien en moi.
[ . ]J'ai compris que ce n'était pas lui, ni eux, ni elles. C'était moi. J'étais un corps, sans esprit, un corps capable de sentir la pression de son corps sur le mien, l'intensité de ses baisers, la force de ses bras, mais un corps incapable de ressentir son amour, ou même sa haine. Un corps sans esprit.


[ . ]Et le temps passait, et il restait. Il restait dans sa solitude. Seul avec moi.
# Posté le samedi 30 mai 2009 17:12

Songe d'une nuit d'été. Part I.

Songe d'une nuit d'été. Part I.


[ . ]La porte claque dans le lointain, un bruit sourd sans écho, sec comme un orage d'été. Etrangement, ce sont mes yeux qui sentent la brise légère. Synesthésie. Cette invraisemblance des sensations m'a toujours réjouie, ce moment soudainement subtil où tous mes sens s'éveillent à la fois, pour saisir, tous d'un seul, le claquement bref, cet éclair de vision, ce vent léger sur ma peau, et cette odeur si particulière, comme si un champ de blé fraîchement moissonné se tenait derrière cette embrasure refermée. Le rêve. Seul le rêve permet une telle perception, lorsque tout le corps se raidit, attentif dans la moindre de ses cellules, à cette réaction chimique si admirablement complexe : le souvenir. Rêve et souvenir. Les réminiscences proustiennes. Cette porte fermée, le blé, le vent. Je n'ai rien inventé. J'ai tout rêvé. J'ai tout rappelé à ma mémoire endormie par les années écoulées.
[ . ]La porte claque dans le lointain. Mon corps se raidit, non plus pour saisir, mais par réaction de stupeur et d'égarement. Un rêve, un souvenir qu'il m'aurait fallu effacé. Chaque nuit, dans mon sommeil, il revient pourtant, inlassable dans son harcèlement. Il revient me hanter, avec son odeur qui inonde mes yeux, et cette brise, cette brise tellement parfaite qu'elle en devient irréelle, effrayante même. Ma peau la perçoit, mais que dire de mon ouïe, si aguerrie à ce sifflement discret au creux de mon oreille, à ce chatouillement sonore si délectablement infini. La porte exerce une telle fascination sur mon esprit endormi qu'il ne peut la chasser. Alors, irrémédiablement, elle surgit, chaque nuit.



[ . ]Tout commence toujours par une histoire d'amour. Ou de haine. Martin avait vingt deux ans la première fois que j'ai croisé son chemin. Je l'ai croisé, littéralement, coupé, sous son pied. Ce chemin si parfait qu'on avait tracé pour lui, et qu'il avait approuvé, dans ses errances, pour se donner un but. Je l'ai coupé, ce chemin, moi, toute entière, mon corps androgyne, ma linéarité, mon uniformité, ma chevelure de bronze, mes yeux d'argent. Voilà ce qu'il a croisé. Voilà ce qui l'a pétrifié. La violence de sa réaction m'a touchée, me touche toujours, me heurte même, quand j'y repense. A l'instant même où ses yeux se sont posés dans les miens, j'ai vu toute la haine qu'il me portait, de cette ranc½ur immédiate et inexplicable, réaction physique à un corps diaphane. Mes longs doigts anguleux et d'une blancheur de craie touchant à la transparence tenaient une cigarette. L'ocre du filtre se reflétait sur mes lèvres de marbre, et mes yeux d'argent, froids, révélaient toute l'indifférence que je portais au monde et à ses habitants. Ma silhouette sans forme, ma peau laiteuse sur laquelle flamboyaient les mèches folles de ma couverture de bronze, tout chez moi pousse à une antipathie profonde et sincère. Mais cette haine était aussi exacte et intense qu'un amour étincelant, et comme lui elle arrête et elle attire. Un coup de foudre, de dépit et de haine.
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# Posté le samedi 23 mai 2009 03:42
Modifié le mercredi 27 mai 2009 15:41