Qui me fascinaient, qui me fascinaient.
Y avait l'ovale de son visage pâle
D'une femme fatale qui m'fut fatale.
On s'est connus, on s'est reconnus,
On s'est perdus de vue, on s'est r'perdus d'vue
On s'est retrouvés, on s'est réchauffés,
Puis on s'est séparés...
[ . ]Et puis cette fameuse fête, quelques mots indiscrets, et le secret était lâché. On dit que dans le théâtre, l'amour des deux jeunes premiers est dévoilé par une tierce personne. Celle-là était le Beau Blond.
[ . ]Il a volé mon numéro. Il faisait des fautes d'orthographes par centaines. Il me posait des milliers de questions. Ces deux semaines ont été ma session de rattrapage : j'avais manqué le plus intéressant, l'art de la séduction, celui qui précède même la parole, celui des regards. Celui là n'avait en réalité pas eu l'effet escompté sur moi ; c'est ton sourire qui t'a perdu, s'il avait contenu moins de fierté, mon imagination se serait emballé, mais là, je te méprisais parce que tu me méprisais. Tu as mal joué... Combien je regrette aujourd'hui d'avoir manqué cette période où l'on se « tourne autour », littéralement. Alors à la place, je l'ai lu. Et il s'est révélé fascinant.
[ . ]Je reste ainsi la fille du bus, la fameuse, parait-il, celle qui fit tourner la tête au beau blond de ces dames. Jamais rien ne fut moins compréhensible. Quant à moi, je me suis fourvoyée au plus au point, sur lui, son sourire, ses regards, son caractère, ses amis aussi, il faut bien le dire, pour lesquels je n'avais guère d'estime et qui l'ont d'ailleurs largement desservis au début. Il est mon mystère à moi, mais les intrigues sont excitantes. Il est parfaitement illisible, et fascinant. Un an n'aura pas suffit à me le faire comprendre. Alors il va me falloir plus de temps, beaucoup plus de temps.

