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Songe d'une nuit d'été. Part II.

Songe d'une nuit d'été. Part II.


[ . ]Martin avait vingt deux ans, et je le révulsais. Pourtant comme attiré, il resta. Croisé dans un bar bondé de visages vagues et de silhouettes entremêlées, Martin ne me quitta plus. Il s'agissait de cette haine implacable et irrésistible, d'une violence si rare qu'on ne tient pas à l'oublier, qu'on l'entretient. Toujours. Pour toujours.


[ . ]Martin...


[ . ]Sa haine première devint amour, la force d'un tel sentiment permet facilement de passer de l'un à l'autre. Finalement, l'amour n'est pas si éloigné de la haine. Un pas, et nous voilà de l'autre côté. Martin a rapidement fait ce pas. Toujours la même fascination dans ses yeux.
J'ai croisé son chemin, il s'en est détourné pour prendre le mien. Son chemin sans surprise, tournoyant entre études mariage et mouflets, est devenu un chemin sinueux et chaotique, avec moi, au milieu, obstacle qu'il ne pouvait éviter. Moi au milieu, agitant mes longs bras d'acier, l'entourant, l'étouffant dans mes étreintes. Je l'ai tué. J'ai tué ses envies, ses désirs, son avenir, ses choix et sa liberté. Je l'ai enferré dans mon c½ur d'ivoire, et ravi de son rôle, il s'y pavanait, fier à mon bras, étalant son bonheur factice, ravi, ravi. Contre mon gré. J'ai voulu tuer cette fascination, cet aveuglement qui lui faisait prendre sa haine sans borne pour un amour éternel, qui faisait de moi sa muse et son désir suprême, moi qu'il haïssait au plus profond de son âme, ce que ses yeux ne voyaient pas. A défaut de le tuer, je l'ai rendu aveugle. Et c'était le pire.
[ . ]Que l'on ne se méprenne pas, Martin m'indifférait, autant que n'importe quel être vivant. Son sang coulait dans ses veines, son c½ur battait sous sa poitrine ; ses muscles se tendaient lorsqu'il me serrait contre son corps chaud, ses yeux brillaient de bonheur quand je l'étreignais, la chair de sa nuque se hérissait sous le plaisir, je sentais ses mains sur ma peau froide, et la brûlure de son regard lorsque je lui tournais le dos. Mais Martin comme n'importe quel autre homme, ou n'importe quelle autre femme, m'apportait un amour dont je n'avais pas besoin. Pire encore, ce n'était pas son amour que je voyais, c'était sa haine première, l'intouchable, l'inviolable, celle qui ne disparaissait jamais de son regard. Sa haine aussi m'indifférait, autant que son amour. Mais si je comprenais sa haine, je méprisais son amour ; j'avais pitié de sa faiblesse, de cette faiblesse si humaine, si étrangère à mon corps. Il n'éveillait rien en moi.
[ . ]J'ai compris que ce n'était pas lui, ni eux, ni elles. C'était moi. J'étais un corps, sans esprit, un corps capable de sentir la pression de son corps sur le mien, l'intensité de ses baisers, la force de ses bras, mais un corps incapable de ressentir son amour, ou même sa haine. Un corps sans esprit.


[ . ]Et le temps passait, et il restait. Il restait dans sa solitude. Seul avec moi.

# Posté le samedi 30 mai 2009 17:12

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