Féerie pour une autre fois.
Tired song
O please! Qui ne rêve pas de prince et de princesse? Presque vingt ans et toujours ces clichés de l'esprit romanesque en tête, je me surprends à des pensées d'une utopie flagrante et bien affligeante. Aux ordures ces contes enfantins! Je me souviens avoir eu, gamine idéaliste, des figurines de ces dessins animés bien connus, Blanche-Neige, Cendrillon, la Belle au bois dormant, même la Petite Sirène. Mais rien ne m'indignait plus dans mes jeux d'enfant que de n'avoir qu'un seul prince pour toutes ces princesses. Ainsi le jeune homme éreinté très certainement de ses nuits de folie passait-il d'une princesse à l'autre, une différente chaque nuit. Quand j'y repense maintenant, je me dis que cela n'avait rien de bien féerique, mais persistait dans mon esprit cette idée qu'une princesse ne pouvait pas vivre sans son prince. Pourquoi nous inculquer, dès l'enfance, de telles idées? Et pourquoi s'étonner ensuite des chagrins d'amour et des espoirs déçus de tant d'adolescentes, et peut-être d'adolescents (la psychologie masculine me dépasse)? Ces féeries nous empoisonnent l'existence sans même que l'on ne s'en rende compte, et elles transforment l'amour en une espèce d'obligation comportementale marginalisant le célibat et la déception amoureuse. Alors pourquoi cette persistance de l'idéal romanesque alors même que l'on croit avoir cette maturité si précieuse qui nous fait réaliser à quel point on a été naïf et crédule? Cela tient peut-être au fait que l'on a besoin de cet espoir, de ce trésor au pied de l'arc-en-ciel, de cette récompense après l'effort. Alors nous voilà condamnés à la déception et au désespoir, avec toute la bonne volonté dont nous sommes capables.
Elsa Triolet a un jour écrit: les hasards de notre vie nous ressemblent.