J.D Salinger.
Son nom même me fait rêver! Jerome David Salinger fait partie de ces idéaux masculins incompréhensibles dont personne n'arrive à percer le fabuleux secret. Cette jeunesse éternelle et cette puissance inépuisable, je ne comprend pas. Comment une oeuvre de 1951 peut-elle autant marquer ma vie de lectrice mais encore et surtout d'adolescente, étant dit que j'en sois encore une? C'est un mystère. Comment se fait-il que ses mots résonnent tels des coups de hache dans ma cage toracique? "His door was open, but I sort of knocked on it anyway, just to be polite and all." C'est tellement... indescriptible. Et ce grand monsieur, autrefois élève mal élevé, étudiant brillant, héros de guerre, fou, excentrique, écrivain enfin, qu'est-il devenu? Est-il mort dans sa gloire livrant ainsi à la postérité des oeuvres incroyablement grandioses? Non, ce grand monsieur vit en reclus dans le New Hampshire, méditant, écrivant surement. Il est étrangement déroutant de penser que quelque part là-bas, au bout de cet océan et de ces contrées inconnues de moi, réside et vit, toujours, aussi incroyable que cela puisse paraître, cet écrivain de génie, cet excentrique fou, qu'à ce moment précis peut-être, il écrit ces mots qui, à sa mort, publiés enfin, après tant d'années de retenue pendant lesquelles leur puissance mystique n'aura pas faiblie j'en suis sûre, de nouveau me feront sentir quelque chose de nouveau et d'unique, cette sensation extraordinaire qui s'attache au lecteur qui a compris, enfin il le croit , ce que ces mots voulaient dire et ce qu'ils voudront peut-être dire un jour pour lui, ou pour un autre. Depuis cinquante six ans maintenant, il nous prive de lui, de son écriture, de toutes ses merveilleuses sensations qui me font bouillir en lisant The Catcher in the Rye. Il ne voit pas les dégâts qu'il a fait. On ne laisse pas cinquante ans de lecteurs ainsi, incapables de ressentir quelque autre ravissement intérieur dans d'autres pages que les siennes, dans d'autres mots. Je crois vous avoir déjà parlé de lui. J.D Salinger. Son nom même me fait rêver, vous le voyez.
"Anyway, I keep picturing all these little kids playing some game in this big field of rye and all. Thousands of little kids, and nobody's around — nobody big, I mean — except me. And I'm standing on the edge of some crazy cliff. What I have to do, I have to catch everybody if they start to go over the cliff — I mean if they're running and they don't look where they're going I have to come out from somewhere and catch them. That's all I'd do all day. I'd just be the catcher in the rye, and all. I know it's crazy, but that's the only thing I'd really like to be. I know it's crazy.
"
[Jerome David Saligner, The Catcher in the Rye]